Sommaire
Observations sur la santé des femmes dans le monde du travail
Comment expliquer de tels écarts entre la santé des femmes et des hommes au travail ?
Encore à ce jour, la santé des femmes est secondaire. Elle est moins prise en compte et moins investiguée que la santé des hommes. Selon le dernier baromètre santé CSA, 35 % des Françaises considèrent que leur santé n’est pas suffisamment prise en compte par les politiques publiques et les dispositifs. [1]
Résultat : par manque d’information et de connaissance, les femmes ne savent pas vers qui se tourner et comment traiter leurs maux. Elles sont 57 % à avoir déjà pris une mauvaise décision concernant leur santé, notamment parce qu’elles n’ont d’autre choix que de se tourner vers des sources peu fiables.
Dans cet article, Omena fait un focus sur la santé des femmes dans le monde professionnel. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu d’égalitarisme mais de santé et qualité de vie au travail.
Plus que jamais, les managers et responsables RH doivent explorer les pistes qui permettent aux collaboratrices d’exercer dans les mêmes conditions que leurs homologues masculins.

La santé des femmes demande une approche différenciée. Les femmes sont soumises à des évènements propres et à un parcours de santé non comparable à celui des hommes. Par exemple :
Sans parler d’une exposition plus importante aux risques cardiovasculaires et aux enjeux de santé mentale, encore trop peu abordés dans la sphère professionnelle. Pour accompagner convenablement les femmes, cela demande une réflexion et une approche spécifique du bien-être physique, psychologique et hormonal. Leur vécu est bien distinct de celui des hommes dans leur parcours professionnel et de socialisation. Une réalité qui n’est pas encore considérée.
“L’impact différencié du travail sur la santé des femmes est encore trop peu exploré dans les politiques publiques et la santé au travail demeure pensée de manière androcentrée.” [4]
Si la santé des femmes doit être davantage considérée, c’est aussi parce qu’elles n’évoluent pas dans les mêmes sphères professionnelles que les hommes. Elles occupent des emplois plus précaires ou pénibles sur le plan physique ou émotionnel (emplois liés au soin, caissières, vendeuses, agentes d’entretien).
Leur précarisation s’explique aussi par la distinction très nette faite entre les professions dites “masculines” et les professions dites “féminines”, davantage soumises au temps partiel.
Parmi ces professions, l’Insee recense :
Finalement, plus de 78 % des temps partiels sont occupés par des femmes en France. [5]
Elles travaillent le plus souvent dans l’urgence et dans de mauvaises conditions et sont davantage soumises à une usure physique et psychologique.
Les femmes sont également encore victimes de discriminations liées à leur genre, leur sexe et leur âge. Par exemple, elles se voient souvent poser des questions sur leurs ambitions personnelles et leur projet de maternité en entretien de recrutement.
“ Le travail n’est pas un espace extérieur à la société et tous les individu·s qui composent les espaces professionnels ont grandi dans des espaces qui font la part belle aux mécanismes sexistes. Il est donc tout à fait logique qu’iels reproduisent les normes, les stéréotypes, les comportements associés à leur identité de genre perçue que ce soit parce qu’iels s’y conforment ou par peur de la sanction sociale.” [6]
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La précarisation des femmes et la pénibilité des tâches auxquelles elles sont confrontées au quotidien sont mesurables.
Le nombre d’accidents du travail chez les femmes ne cesse d’augmenter, contrairement à celui des hommes. On compte + 41,6 % d’accidents du travail chez les femmes entre 2009 et 2021 contre - 27 % chez les hommes. Sur cette même période, l’ANACT recense également un bond de + 158 % de maladies professionnelles chez les femmes. [7]
Lorsqu’on évoque les conditions de travail, on parle bien sûr de la réalité opérationnelle : équipements, horaires, environnement de travail… mais aussi de la qualité des relations interpersonnelles.
Pour 93 % des femmes, les comportements sexistes répétés auxquels elles sont confrontées ont des répercussions très concrètes sur leur vision d’elles-mêmes, de leurs compétences et de leur performativité. [8] Un constat particulièrement vrai pour les femmes en (péri)ménopause qui freinent leurs ambitions professionnelles, se sentent déclassées ou complètement invisibilisées.
Les inégalités observées entre la santé des femmes et celle des hommes au travail ne s’expliquent pas uniquement par des différences biologiques ou hormonales. Elles sont aussi le résultat de constructions sociales, historiques et organisationnelles qui continuent de façonner le monde professionnel.
Historiquement, le monde du travail et de l’emploi s’est structuré autour d’un référentiel masculin. Les normes de prévention des risques professionnels, les équipements de protection ou encore les outils d’évaluation de la pénibilité reposent encore majoritairement sur un « corps standard » masculin.
Cette approche pose de réels problèmes lorsqu’il s’agit de prendre en compte les spécificités biologiques et physiologiques des femmes, notamment à certains moments clés de leur vie comme la grossesse, la préménopause ou la ménopause. À titre d’exemple, les risques professionnels sont rarement évalués à l’aune des effets hormonaux ou de leurs conséquences sur la fatigue, la thermorégulation ou les troubles musculo-squelettiques.
Par ailleurs, de nombreuses pathologies spécifiquement féminines, comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques, restent encore largement sous-investiguées. Leur prise en charge demeure essentiellement symptomatique, alors même qu’elles ont des répercussions importantes sur la capacité à travailler, l’absentéisme ou la performance. Cette sous-investigation s’explique en grande partie par le fait qu’il s’agit de maladies exclusivement féminines, longtemps reléguées à la sphère privée.
Comme le rappelle le Rapport du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes :
« Le sexe et le genre sont à l’évidence des déterminants de la santé, ils sont pourtant négligés dans l’action publique en santé, et dans les pratiques de soins et d’accompagnement. Les femmes ne sont pas de petits hommes, ni les hommes de grandes femmes, du point de vue biologique comme sous l’angle social. Et le sexe et le genre croisent avec d’autres facteurs biologiques et sociaux. »
Reconnaître cette réalité est une première étape indispensable pour construire des politiques de santé au travail réellement inclusives.
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La pénibilité du travail reste encore largement appréhendée à travers des critères historiquement associés aux métiers masculins : port de charges lourdes, exposition au bruit, travail en hauteur ou en milieu dangereux. À l’inverse, les formes de pénibilité majoritairement rencontrées dans les métiers féminisés sont encore peu reconnues.
Certaines expositions professionnelles ont pourtant des conséquences sanitaires avérées. Par exemple, l’augmentation du risque de cancer du sein liée à l’exposition à certains produits chimiques dans des secteurs féminisés n’est toujours pas reconnue comme maladie professionnelle, là où le cancer de la prostate bénéficie d’une reconnaissance plus systématique.
Il en va de même pour la pénibilité émotionnelle, très présente dans les métiers du soin et de l’accompagnement (aides-soignantes, infirmières, auxiliaires de vie) qui sont occupés en majorité par des femmes. Selon les travaux menés par ANACT, et notamment par Florence Chappert, cette pénibilité émotionnelle reste largement invisible dans les dispositifs de prévention et de reconnaissance.
Enfin, lorsque les femmes exercent des métiers historiquement masculins, les conditions de travail sont rarement adaptées à leur réalité biologique : équipements inadaptés, rythmes incompatibles avec certaines contraintes physiologiques, ou encore absence d’aménagements spécifiques.
Les risques psychosociaux constituent un autre angle mort de la santé des femmes au travail. Ces risques, qui dépendent étroitement des conditions d’emploi et de travail, touchent particulièrement les métiers relationnels majoritairement occupés par des femmes : commerce, tourisme, assistance à la personne, soins.
Ces secteurs cumulent souvent plusieurs facteurs de risque : travail dans l’urgence, exigences émotionnelles élevées, relations tendues avec le public, exposition répétée aux remarques sexistes ou dévalorisantes. Cette accumulation fragilise durablement la santé psychologique des salariées, sans pour autant être pleinement reconnue ou prise en charge.
Certaines périodes de la vie des femmes, comme la grossesse ou la ménopause, peuvent également accentuer ces fragilités en raison des variations hormonales qu’elles impliquent. Pourtant, ces réalités restent encore largement absentes des politiques de prévention des risques psychosociaux en entreprise.
Enfin, il est impossible d’analyser la santé des femmes au travail sans prendre en compte le poids du travail domestique. Les femmes assument encore majoritairement les tâches ménagères et la charge liée aux enfants.
Dès 2010, il était estimé que les femmes en couple hétérosexuel avec au moins un enfant consacraient en moyenne 34 heures par semaine aux tâches domestiques. Cette réalité équivaut à un second temps plein, qui s’ajoute à leur activité professionnelle.
Au-delà des tâches domestiques, les femmes sont également plus souvent en charge du soin apporté à leur entourage. Comme le souligne Caroline De Pauw dans son guide “La Santé des femmes” :
« Les femmes sont également davantage à prendre soin de leurs proches en perte d’autonomie. Les femmes sont donc le plus souvent dépositaires de leur santé mais aussi de celle de la famille, y compris en tant qu’aidantes. » [9]
Cette double, voire triple,charge a des effets directs sur la fatigue, la santé mentale et la capacité à se maintenir durablement dans l’emploi.
Réduire les écarts de santé entre les femmes et les hommes au travail suppose un changement de paradigme. Il ne s’agit pas d’opposer les sexes, mais d’adapter les environnements professionnels à une diversité de situations, de parcours et de réalités biologiques et sociales.
Intégrer la santé des femmes dans les formations des managers et des responsables RH, et déployer des mesures concrètes d’accompagnement ne relèvent plus de l’optionnel. C’est une condition essentielle pour améliorer durablement la qualité de vie au travail, la performance collective et l’égalité professionnelle.
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Coline Levin
Rédactrice spécialisée en santé de la femme
Sources
[1] Les Françaises et leur santé – Baromètre Femmes de Santé 2025, CSA Research, 2025
[2] Qu’est-ce que l’endométriose ? Endofrance
[3] Dossier ménopause, Inserm, 2023
[4] Santé des femmes, regards croisés et pistes d’actions, Fondation de l’académie de médecine
[5] Emploi, chômage, revenus du travail, édition 2023, Insee
[6] Sexisme au travail, le guide 2025, Cali et Gali
[7] Photographie statistique de la sinistralité au travail en France selon le sexe, ANACT, 2022
[8] LE SEXISME DANS LE MONDE DU TRAVAIL ENTRE DÉNI ET RÉALITÉ, Rapport du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes n°2015-01 publié le 6 mars 2015
[9] La Santé des femmes: un guide pour comprendre et agir, Caroline de Pauw

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