SANTÉ DES FEMMES · DÉCRYPTAGE

Assises de la ménopause : sortir enfin du silence ?

Compte rendu et analyse des trois grands débats de la journée


Temps de lecture · 8 minutes

Thème · Information, prévention et qualité de vie


Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’assister aux Assises de la ménopause, organisées par le ministère de la Santé et portées par Stéphanie Rist. Professionnels de santé, entreprises, chercheurs et femmes concernées étaient réunis pour faire le bilan des actions engagées suite au rapport parlementaire sur la ménopause lancé il y a un an par Mme Rist, et pour préparer la suite. Le mot d’ordre : « sortir la ménopause du silence ».

La présence du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, qui a fait de la place des femmes au travail une priorité de son action, était un signal fort. Car la ménopause est à la fois un enjeu de santé publique et un enjeu de santé au travail.

Un tabou qui a la vie dure : ce que disent les chiffres

Le sondage présenté en ouverture est parlant :

  • 54 % des femmes n’avaient jamais parlé de périménopause ou de ménopause avec leur entourage féminin avant d’être elles-mêmes concernées.
  • 61 % n’ont jamais reçu d’information de la part d’un professionnel de santé sur le sujet.
  • Seules 50 % estiment que la ménopause est bien prise en charge, et 39 % pour la périménopause.
  • 83 % pensent qu’elle peut affecter la qualité de vie au travail, et 32 % ont déjà rencontré des difficultés à exercer leur travail.

L’étude Climatère, cohorte nationale qui a rassemblé 8 000 participantes en un an, apporte d’autres données : 19 % des femmes rapportent un impact fort ou très fort sur leur travail, et 9 % déclarent avoir pris un jour d’arrêt à cause de la ménopause. Les facteurs de risque de symptômes sévères sont aussi documentés : le tabac et l’obésité les aggravent nettement, tandis qu’une activité physique modérée joue un rôle protecteur.

Le diagnostic est partagé : un rendez-vous gynécologique par an ne suffit pas, et les femmes, surtout en périménopause, se sentent abandonnées dans l’accès aux soins, voire non écoutées quand elles y accèdent.



Débat n°1 : faut-il laisser les sages-femmes prescrire le traitement hormonal de la ménopause ?

C’est l’une des questions qui a le plus animé la journée. Le constat de départ est simple : les gynécologues et les médecins ne suffisent pas à répondre à la demande. Les « maisons de la ménopause » sont une belle initiative, mais avec cinq ans d’attente, elles ne règlent pas le problème. Ce qu’il faut, c’est un accès facile.

Les sages-femmes sont donc apparues comme une réponse évidente. Le GEMVI, c’est-à-dire la Société Française de Ménopause, société savante qui regroupe des médecins experts du sujet, propose d’ailleurs déjà une formation à leur intention.

Mais la prudence s’est exprimée du côté des spécialistes. Les sages-femmes sont formées pour prendre en charge les situations non pathologiques. Or, à la ménopause, une femme sur deux présente un ou deux facteurs de risque cardiovasculaire, première cause de mortalité chez les femmes. Dès que ces facteurs entrent en jeu, certains médecins estiment que cela dépasse le cadre de la formation des sages-femmes. Le traitement ne doit pas être prescrit à n’importe qui, et chaque situation doit être réévaluée.

La réponse apportée dans la salle est intéressante : si une femme sur deux présente des facteurs de risque, cela signifie que l’autre moitié n’en présente pas, et que celle-ci pourrait donc être prise en charge par des sages-femmes.

En clôture, Stéphanie Rist a dit vouloir renforcer le rôle des sages-femmes. La HAS, la Haute Autorité de Santé, à laquelle les médecins se réfèrent pour lire les recommandations médicales, actualise de son côté sa page sur le traitement hormonal, en mettant en balance bénéfices et risques de façon régulière, au regard des antécédents et des besoins de chaque femme. Reste à savoir si le droit de prescrire sera élargi, et avec quelle formation et quel encadrement.

Aujourd’hui, le traitement hormonal de la ménopause est prescrit par un·e médecin. Les sages-femmes pourraient voir leur rôle renforcé, mais l’élargissement de leur droit de prescription n’est pas encore acté. Il dépendra de la formation et de l’encadrement qui seront mis en place.

Débat n°2 : la consultation longue à 45 ans, bonne idée mais mal rémunérée ?

Le gouvernement mise sur « Mon bilan prévention », proposé à toute personne à 45 ans, avec une consultation longue de 45 minutes qui aborderait notamment la ménopause. L’idée est belle, mais la réalité économique est brutale : à 47,50 euros les 45 minutes, aucun médecin libéral ne trouve cela viable, même si ce tarif a été acté par le PLFSS.

Plusieurs voix ont nuancé : dix minutes peuvent parfois suffire pour répondre à l’essentiel, à condition que les médecins soient formés. La question de la formation est donc au moins aussi cruciale que celle de la durée.

Stéphanie Rist a annoncé que la ménopause serait intégrée en priorité à la formation continue, et que le dispositif « Mon bilan prévention » serait renforcé dès la publication des recommandations de la HAS. Des négociations conventionnelles vont s’ouvrir avec l’Assurance maladie et les sages-femmes sur cette consultation. C’est là que se jouera sa viabilité : une belle promesse de prévention ne tiendra pas sans modèle économique qui la rende réalisable.

Repère à retenir:

« Mon bilan prévention » existe déjà pour les 45-50 ans. Pour que la ménopause y soit vraiment abordée, il reste deux conditions : des médecins formés au sujet et une consultation rémunérée de façon viable. Les négociations avec l’Assurance maladie diront si la promesse peut tenir.

Débat n°3 : que faire en entreprise, sans stigmatiser les femmes ?

Le monde du travail a été pensé pour un public masculin, qu’il s’agisse des équipements ou de la prévention. Comme l’a résumé un intervenant, on demande aux femmes de s’adapter au travail alors que c’est le travail qui devrait s’adapter à elles. Il ne s’agit pas d’enfermer les femmes dans une catégorie, mais de leur permettre de travailler dans les meilleures conditions, dans le respect de leur choix et de leur vie privée.

Mais le frein est réel : l’ANACT a témoigné d’une grande frilosité des entreprises à aborder le sujet, par crainte des retours masculinistes et de managers qui ne voudraient plus recruter de femmes. Ce risque n’est pas théorique, et il faut le regarder en face.

Quelques pistes ont émergé :

  • Adapter la porte d’entrée à la taille de l’entreprise. Dans les grandes structures, la voie d’entrée est facile à trouver. Dans les petites, elle est plus difficile, et parler de santé des femmes au sens large y est souvent mieux accepté que parler de ménopause.
  • Multiplier les conférences et les temps d’information en entreprise.
  • S’appuyer sur la visite de mi-carrière à 45 ans pour parler systématiquement de ménopause aux salariées, et leur donner des outils.



Le ministère du Travail a rappelé ses axes d’action : anticiper les difficultés, adapter les conditions de travail et mobiliser les entreprises. Il a aussi rappelé son objectif : donner la possibilité aux femmes de travailler et de continuer à s'épanouir professionnellement dans les meilleures conditions en respectant leur choix et leur vie privée.

Les annonces de clôture

Stéphanie Rist a conclu en annonçant des campagnes de sensibilisation grand public, qui vont être menées pour lutter contre la désinformation médicale, très forte sur les réseaux sociaux sur le sujet de la ménopause avec notamment :

  • un guide de bonnes pratiques anti-désinformation à destination des influenceurs ;
  • un mini-site dédié sur sante.fr, regroupant des contenus fiables ;
  • des recommandations plus concrètes de la HAS, avec des fiches pratiques attendues mi-2027 ;
  • une lettre de mission pour que le gouvernement évalue le coût social du manque d’information et d’accompagnement de la ménopause.


Mon regard

Ces assises ont le mérite de poser les bonnes questions et d’afficher une vraie volonté politique. Mais les trois débats se rejoignent sur un point : ce ne sont pas les annonces qui changeront la vie des femmes, mais leur financement, la formation des professionnels et la capacité des entreprises à s’emparer du sujet sans peur. Rendez-vous dans les prochains mois pour voir si les engagements se traduisent en actes.



La ménopause en chiffres


12 M

de femmes vivent aujourd’hui en France après la ménopause, soit près d’une personne sur cinq.


45–55 ans

tranche d’âge à laquelle survient le plus souvent la ménopause naturelle.


12 mois

sans règles sont nécessaires pour confirmer la ménopause, en l’absence d’autre cause.


3 axes

à faire dialoguer : symptômes, prévention des risques et qualité de vie.

Ces repères donnent un cadre général. Ils ne remplacent jamais une consultation ni une évaluation personnelle.

En conclusion

Sortir du silence ne consiste pas à parler plus fort de la ménopause, mais à mieux écouter celles qui la vivent. Les Assises ouvrent un espace pour transformer une expérience longtemps individualisée en sujet collectif de santé, de travail et de société.

Ecrit par

Mathilde Nême

Co-fondatrice d'Omena

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